La création variétale de légumes est elle adaptée aux spécificités de la production et du marché bio ?

 

C’était le thème de la conférence bio organisée comme chaque année par Sud et Bio Languedoc Roussillon sur le salon Medfel de Perpignan le 22 avril

La table ronde a réuni Mathieu Conseil pour l’ ITAB, deux maisons grainières bio l’une hollandaise De Bolster représentée par Beertille Gieu, l’ autre EnzaZaden avec Yann Delmas, ainsi que Camille Sourdin maraichère de Bio Loire Océan

Pour De Bolster les techniques de sélection bio privilégient la réponse aux exigences de performance à la fois écologique et économique des producteurs bio

« Nos méthodes de culture sont en bio dès le départ, à faible intrants, avec peu d’irrigation. Nous souhaitons que la plante s’exprime d’elle même, qu’elle ait un bon rendement ou soit résistante à une maladie, de par sa nature génétique », explique Bertille Gieu Arbaret, sélectionneuse chez De Bolster.

Pour Vitalis( branche bio d’ EnzaZaden) la production de semences bio est risquée à cause des problèmes phytosanitaires et d’ enherbement qu’ il faut savoir maîtriser sur une culture longue qui reste en place plus longtemps

« Malgré ces difficultés, nous accentuons nos efforts chez Enzazaden et Vitalis. Et il y a une forte synergie entre nos sélections en bio et celles en conventionnel. Par exemple, un de nos potimarrons sélectionné chez Vitalis est aujourd'hui le standard chez les conventionnels. »

Pour Camille la maraîchère de Bio Loire Océan, l’ offre en semences bio manque de diversité, sa capacité germinative est inégale et la qualité gustative insuffisamment prise en compte. C’est ce qui a amené Bio Loire Océan à s’ engager dans des projets de sélection participative qui ont abouti récemment à la création de la carotte Violette de la Loire

« Nous travaillons uniquement avec des variétés population, en recherchant des variétés adaptées aux spécificités de nos terroirs et aux besoins de nos consommateurs. Notre volonté est aussi de nous réapproprier un savoir-faire paysan . Certaines variétés conventionnelles hybrides ne peuvent pas se multiplier en bio. Les lignées parentales sont tellement affaiblies qu’elles sont hypersensibles et n’arrivent même pas à fleurir, il faut donc sélectionner à partir de lignées parentales elles mêmes bio »

Selon Mathieu Conseil, la petite part que représente le marché français des semences bio, et le manque de retour sur investissement( trop de dérogations pour les semences non traitées) est un vrai frein pour les semenciers.

« Lorsque l’ensemble de la gamme de laitues est passée en hors dérogation, le nombre de variétés disponibles en semences bio – et donc leur usage - a explosé. » Si la tomate ronde rouge passait en hors dérogation, les semenciers se lanceraient. « La fin des dérogations est envisagée pour 2021, il faut s’ y préparer. Les efforts doivent être partagés, les semenciers et les pépiniéristes doivent s’engager plus en bio , et les producteurs doivent jouer le jeu en utilisant les variétés disponibles. »

Par ailleurs les participants ont convenu qu’ il faut que cesse la distorsion de concurrence entre les pays de l’ UE qui n’ ont pas le même niveau d’ exigence pour l’ utilisation de semences bio, et que le défi est aussi de mieux financer les essais variétaux dans les stations d’expérimentation et faire en sorte que la recherche s’investisse plus.

Pour en savoir plus
http://www.medfel.com/fr/presentation/conferences-animations
http://www.youtube.com/watch?v=uigBAlJ-b9E

Patrick MARCOTTE Sud et Bio LR