Témoignage

« Le combat syndical m’a amené à prendre du recul pendant 68 jours dans un lieu très sécurisé. Nous étions à la fin années 90. De ce temps de réflexion a émergé le sentiment d’être arrivé au bout du parcours dans l’agriculture conventionnelle. La Bio a été un choix de vie. Une vie plus saine pour nous, pour nos vergers. Passer en Bio c’est toujours un défi, mais à l’époque c’était encore moins évident.
Il a fallu convaincre mes proches que c’était le bon choix. Au-delà des convictions, il y avait aussi l’objectif économique. L’agriculture biologique donnait des perspectives de valorisation du travail.
De mes débuts comme ouvrier agricole j’ai gardé la passion de la technique. Notre force pour pallier aux difficultés se trouve dans le travail et dans la recherche des meilleures techniques de production biologique. Chaque année on s’inscrit à de nombreux stages de formation. En bio il faut aussi prendre le temps de se former. »

Une exploitation qui fait des petits

Comme dans un nid d’oiseaux, le Gaec héberge professionnellement, puis permet l’envol d’exploitants. La sœur de Carmen qui a fait partie du Gaec vient de s’installer. C’est le tour du fils, Pierre-Jean d’entrer dans le Gaec en 2008, avec l’objectif, toujours, de s’installer exploitant. La suite s’écrit au futur, mais la suite se prépare déjà…

Convention BI-EAU : un partenariat pour protéger la ressource en eauFile 238

La qualité de l’ eau fait aujourd’hui l’objet de suivis organisés. Les données ainsi acquises montrent qu’un grand nombre de ressources en eau sont impactées par les pollutions dues aux pesticides, notamment par les herbicides.
La présence de pesticides est le premier facteur de risques de non atteinte du bon état écologique fixé par la Directive Cadre sur l’ Eau à l’horizon 2015 pour les eaux superficielles et souterraines, dans le SDAGE Rhône Méditerranée( Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux).
Le Grenelle de l’environnement a fixé des objectifs précis : réduire de moitié l’usage des pesticides, si possible d’ici 10 ans ; récupérer la qualité de l’eau sur 500 captages d’alimentation en eau potable jugés prioritaires.
La Fédération Régionale de l’Agriculture Biologique, la Chambre Régionale d’Agriculture, et la Fédération Régionale de la Coopération Agricole ont donc décidé d’associer leurs compétences pour développer l’agriculture biologique dans les territoires à enjeux pour la ressource en eau.
La convention BI-EAU qui scelle cet engagement, est financée par l’ Agence de l’ Eau,
l’Etat, la Région Languedoc-Roussillon ainsi que l’Europe.

Quelques repères

• SAUFile 239
19 ha de vergers
- 1.4 Ha de cerisiers
- 6 ha de Pêchers et nectariniers dont 1 ha de jeunes vergers
- 11 ha d’abricotiers dont 6 ha de jeunes vergers
• Démographie du verger
Augmentation permanente des surfaces, notamment en abricotiers,
avec une proportion importante de jeunes vergers
• Structure
3 associés dans le Gaec. Pas de main d’œuvre permanente mais
des saisonniers en hiver et en saison, pour l’équivalent de 6 UTH
• Période de production

File 240

• Le parcellaire
L’exploitation est constituée de 5 îlots d’environ 4 ha. Les haies très présentes garantissent l’isolement bio des parcelles.

• La protection de l’eau
Limiter le prélèvement : Le Tech est la seule rivière sans retenue d’eau du département. Il nous faut répondre aux besoins en eau des vergers sans gaspillage et le système d’irrigation localisé est parfait pour cela. De plus notre réseau collectif sous pression a été conçu par le service de l’eau (DDA) pour préserver au mieux la ressource dans cette vallée. Un pilotage adapté au terroir : Les irrigations sont surveillées par des sondes tensiomètriques dans le verger. Respecter les eaux de surface : Les sols vivants et riches en matière organique sont structurés, absorbants. Les pluies sont bien mieux stockées. Ici pas de phosphates ou de nitrates libres qui ruissellent vers les rivières avoisinantes.
Respecter les nappes phréatiques et captives : Le danger est la migration des nitrates dans les nappes. La fertilisation Bio est douce. Les nitrates sont issus de la minéralisation de la matière organique qui est inactive en hiver. Elle est en phase avec la végétation des vergers. Les arbres prélèvent en saison, régulièrement, les petites quantités disponibles. Dans ces conditions, les agronomes considèrent que lors des pluies d’équinoxe l’eau qui migre en profondeur est encore moins concentrée en nitrates que celle d’une friche.

L’exploitation aujourd’hui

• Les jeunes vergersFile 241
Durant la période improductive on continue à faire des apports de matière organique complémentaires permettant d’atteindre nos seuils en douceur.
• Vergers en production
Des analyses de sol sont ensuite effectuées régulièrement ce qui permet de compléter la fertilisation par des apports de matière organique et des engrais bio à des moments clef de la saison, lors des opérations de désherbage mécanique.
• Le microclimat
Sur une base typiquement méditerranéenne le microclimat présente une influence maritime saine. La zone est exposée à la Tramontane, vent fort et fréquent en période d’équinoxe. Des épisodes de vent du sud peuvent créer des tourbillons particuliers à la retombée des Albères.
• Ressources en eau
Les vergers sont irrigués grâce au réseau collectif sous pression d’une association syndicale autorisée (ASA). Cette eau de surface (rivière) est filtrée à l’entrée des vergers. Système d’apport : Irrigation par micro jet automatisé.

Des pratiques qui préservent l’environnement

• Les sols : un milieu vivant à bien connaître pour le respecter
La microrégion présente de nombreuses petites rivières qui descendent des Albères pour rejoindre le Tech. Les sols sont le résultat d’alluvions déposées par ces cours d’eau. Ils sont à dominante sableuse (Jusqu’à 80 % de sable grossier et fin). Ils sont naturellement acides, avec peu de réserves et peu de matière organique, ces sols sont naturellement pauvres et très perméables. Les apports réalisés saturent rapidement sa capacité de stockage.
• Création des nouveaux vergers : un véritable enjeu pour la vie du verger
La préparation des sols avant plantation est un point de départ très important pour réussir la stratégie de nutrition biologique.
• Le Ph. Ces sols sont plus ou moins acides en raison, entre autre, de la durée de friche. Après analyse, le redressement vers la neutralité se programme sur plusieurs années. On apporte soit du calcaire broyé soit de la dolomie qui contient calcaire et magnésium. Si le Ph est très acide (en dessous de 5), le premier apport se réalise à partir de calcaire broyé contenant, à son échelle, des éléments grossiers. Ils seront des constituants du sol dans la durée.
• La matière organique (MO) : C’est à partir de la dégradation naturelle de la matière organique que notre arbre va se nourrir (l’azote, une partie de la potasse, du calcium alimentaire et des oligo-éléments). Les analyses de sol mettent très souvent en évidence un faible taux de matière organique
(< 0,5 –1%). Nous utilisons du marc de raisin incorporé en surface, à des doses allant jusqu’à 100 tonnes par ha. Ce terreau de marc contient près de 40 % de MO. Contrairement à ce qu’on pense il n’est pas acide (Ph 6.8) car issu d’un premier compostage court.

Entretien du sol : alternatives au désherbageFile 242

Les vergers sont désherbés mécaniquement sur la ligne de plantation. On utilise un intercep superficiel, outil très ancien provenant de la viticulture. Nous avons maintenant sa version moderne qui continue d’ailleurs d’évoluer en permanence. Nous devons contrôler l’herbe sur le rang sans couper les petites racines alimentaires de l’arbre (radicelles). Cet outil doit suivre le sol, ses bosses et ses trous, et déraciner l’herbe. L’intercep moderne est précis et son réglage très technique. De plus le passage de l’intercep laisse un sol ameubli comme pour un semis… et c’est idéal pour la germination des graines d’herbes suivantes.

File 243

Entre les rangs, deux broyages ont lieu avant l’éclaircissage et la récolte pour faciliter le déplacement du personnel. Au printemps, la vie qui s’installe dans l’enherbement au centre du verger est respectée. L’herbe est seulement couchée à l’aide d’un rouleau afin de limiter sa croissance. Cette opération est effectuée en même temps que le désherbage mécanique

File 244     File 245

Protection des vergers :

Equilibrer les milieux pour un minimum d’interventions File 246
La surveillance des vergers comprend le repérage des stades d’évolution de la végétation et la dynamique des ravageurs auxquels réagissent différemment les 3 espèces fruitières.
Au niveau de la protection parasitaire, la cloque et le monilia sont traités préventivement par des pulvérisations de produits cupriques (les applications de Cu sont limités en Bio à 6Kg/ha), la protection contre l’oïdium est assurée par le soufre en privilégiant les poudrages.
Les parasites animaux comme les chenilles tordeuses (cydia molesta) ou la mouche des fruits (ceratitis capitata) sont surveillés par des pièges. Les vergers de pêchers sont sous confusion sexuelle (Tordeuse orientale).
Des approches très modernes côtoient aussi ces protections pour favoriser la diversité de la vie au verger. Des nichoirs à oiseaux (mésanges, moineaux friquets…) et à chauve-souris sont disposés dans l’environnement.
Le diamètre des trous d’entrée des nichoirs prédétermine le type d’oiseaux qui va s’y installer. Ces oiseaux sont choisis pour leur alimentation principalement composée de chenilles.
Des bandes fleuries sont semées pour augmenter la présence d’insectes auxiliaires dans les vergers. Des dégâts sur les récoltes persistent. Ils sont tolérés tant qu’on peut les considérer comme économiquement acceptables.

Commercialisation

File 247

Le Gaec est adhèrent à la coopérative La Paysanne (marque La Payse) Cette coopérative est affiliée à l’Union des Coopératives (marque Téranéo). L’apport à la coopérative est total.
Les fruits sont regroupés à St Génis dans une structure moderne et emballés à Prades. Les fruits sont mis en marché très rapidement vers des clients spécialisés et vers la grande distribution européenne. Une section Bio très dynamique anime le développement de la filière. Un objectif de production de 1500 tonnes d’abricots bio est d’ailleurs très avancé, auquel s’ajoutera une augmentation des surfaces en pêche et pommes.

Quelques repères économiques

L’exploitation se développe en permanence. Elle présente une proportion importante de jeunes vergers non productifs, ce qui explique un tonnage encore faible.

ProjetsFile 248

L’exploitation conservera une nette dominante abricots. Les trois espèces fruitières seront maintenues car complémentaires dans le calendrier de récolte, le calendrier de travail et dans la répartition des risques
Avec l’apparition des variétés tardives d’abricots, l’extension de la période de production sur juillet et août sera une réelle nouveauté, tant technique que commerciale.
 

Documentation à téléchargerTaille
Fiche du GAEC des Albères450.93 Ko