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Conduite culturale viticulture

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File 2103
 

1) Gestion du sol

L’ensemble des interventions en lien avec le sol, gestion des adventices et fertilisation, visent à :

  • Favoriser l’activité biologique du sol,
  • Assurer à la vigne une alimentation équilibrée, en lien avec les objectifs de production (rendement et types de vins recherchés),
  • Améliorer la stabilité structurale du sol,
  • Limiter les risques d’érosion

Ces deux postes sont en interaction directe et doivent être raisonnés conjointement.

Gestion des adventices

File 173La présence d’herbe dans les parcelles de vigne est bénéfique sur le plan agronomique et pour le bon fonctionnement du sol : stimulation de l’activité biologique, limitation des risques d’érosion, stabilisation du sol, augmentation de la portance… Dans le contexte du vignoble méditerranéen, les concurrences en azote et en eau limitent fortement les parcelles sur lesquelles un enherbement intégral peut être toléré.

Photo : vigne enherbée en plein

 
  

Selon les objectifs recherchés, les techniques consistent à :

 

=> Limiter le développement de l’herbe

Sur la plupart des parcelles, seul un enherbement temporaire (présent quelques mois par an) ou partiel (sur une partie de la parcelle uniquement) peut être supporté par la vigne. L’entretien du couvert herbacé dans l’interrang est réalisé par des outils permettant la tonte ou des systèmes de rouleaux couchant la végétation sans la détruire totalement pour assurer un mulch.

Pour + d'infos, consultez la fiche : Les engrais verts

La technique de l’engrais vert en viticulture consiste à implanter un couvert végétal pendant la période de repos de la vigne pour augmenter la fertilité du sol. Ce couvert est retourné au printemps. Il s'agit donc d'un enherbement temporaire. Le choix de l’espèce dépendra des caractéristiques du sol et des objectifs recherchés.
Photo : engrais vert à base de trèfle souterrain
File 174
 
  

Les outils de tonte sous le rang se développent. Cette technique est encore peu utilisée dans la région Languedoc-Roussillon notamment parce que la vigne peut difficilement supporter la concurrence de l’herbe sous le rang = là où se trouve directement son système racinaire. De plus, dans certaines situations, les diffcultés de conduite de ces outils sont comparables à celles rencontrées pour la conduite des outils de travail du sol intercep. Cette technique n'approte qu'une réponse partielle à la subsitution du travail intercep.
 

=> Eviter que l'herbe ne pousse

Cette technique est avant tout envisagée sur le rang. Elle consiste à appliquer sur le sol un matériau étouffant ou privant de lumière les adventices = principe du mulch (paillage). Ces matériaux peuvent être naturels (paille, écorces, BRF (bois raméal fragmenté)) ou non (paillage plastique). Cette technique présente différents inconvénients. Pour les paillages naturels, les volumes à manipuler sont très importants pour assurer une épaisseur suffisante pour bénéficier d’une efficacité significative. De plus, leur influence sur l’activité du sol est mal connue. Les paillages plastiques perturbent les échanges de l’eau entre le sol et l’atmosphère. Le sol sous paillage est plus humide et favorise la concentration du système racinaire en surface. De plus, le sol de l’interrang étant généralement travaillé mécaniquement, le paillage finit souvent par être altéré par les outils et le système racinaire très superficiel abîmé.

De nouveaux matériaux biodégradables sont en cous d’expérimentation : « plastiques » à base d’amidon de maïs, tissage à base de chanvre...
 

=> Détruire l’herbe

File 225La destruction de l’herbe est la technique la plus couramment utilisée, notamment dans la région Languedoc-Roussillon. La technique de desherbage thermique, bien qu’autorisée par la réglementation, est très marginale : matériel coûteux, coût énergétique très élevé du fait de la consommation de gaz naturel, performance des machines limitée sur flore développée, utilisation restreinte dans le cadre des arrêtés préfectoraux régissant l’écobuage….
  
La difficulté majeure de l’entretien du sol en viticulture biologique est la maîtrise de l’herbe sous le rang. Cette difficulté se rencontre à différents niveaux :
  • choix des outils interceps adaptés au parcellaire du domaine,
  • investissement pour l’achat de l’outil et parfois pour remplacer le tracteur s’il n’est pas adapté pour une force de traction suffisante pour le travail du sol,
  • technicité nécessaire pour la conduite des outils interceps,
  • durée du chantier de travail du sol sous le rang, notamment pour le décavaillonnage. L’intégration du travail du sol sous le rang nécessite de modifier en profondeur la gestion des différents chantiers de l’itinéraire technique, ou d’adapter la ressource en main d’œuvre
  
Les techniques du travail du sol ainsi que les matériels existant sur le marché sont présentés sur le site internet www.matevi-france.com, site internet créé par la chambre d’agriculture de GirondeFile 226
  

Fertilisation

En Agriculture Biologique, la fertilisation est centrée sur la recherche de l’équilibre et de la fertilité du sol et non pas sur l’alimentation directe de la culture : structuration et stabilisation du sol (enherbement, engrais vert, restitution des bois de taille, apports de MO à potentiel humigène), stimulation de l’activité biologique du sol (apport de MO « fraîches » animales assainies, enherbement, engrais verts….), apports d’éléments fertilisants (liste positive de l’annexe II du règlement 889/2008)

Le préalable au raisonnement de la fertilisation est l’établissement d’un diagnostic pour connaître les états du sol et de la vigne. De nombreux outils complémentaires existent pour établir ce diagnostic :

  • caractériser l’état du sol : fosse pédologique, analyse de sol (physico-chimique, biologique, fractionnement de la matière organique…..), analyses des végétaux présents sur la parcelle (notion de plantes bioindicatrices)….
  • caractériser l’état de la vigne : observation du comportement de la vigne, analyses pétiolaires…..

Avant d’envisager le recours à l’apport de produits exogènes, le viticulteur doit analyser l’impact des autres postes de l’itinéraire technique sur le fonctionnement du sol :

  • la restitution des bois de taille correspond à un apport de matière organique (MO) à fort potentiel humigène (rapport C/N élevé). Par contre, la dégradation de cette MO par les microorganismes du sol peut mobiliser une partie de l’azote présent dans le sol et provoquer une « faim d’azote » pour la vigne. La fertilisation azotée doit être adaptée en conséquence.
  • le maintien d’un couvert herbacé ou l’implantation d’un engrais vert pendant la période hivernale participe à l’amélioration de la structure du sol et apporte au sol de la matière organique « fraîche » (rapport C/N faible), facilement dégradée par les microorganismes
  • le travail du sol influe indirectement sur la minéralisation de la matière organique. En participant à l’aération du sol, il favorise la circulation de l’eau et de l’air dans la partie travaillée et crée des conditions favorables au développement et à l’activité des microorganismes. Le travail du sol, s’il n’est pas pratiqué abusivement, favorise donc la minéralisation de la MO. Si cette minéralisation n’est pas compensée par des apports de MO (bois de taille, feuilles, enfouissement de couvert herbacé, fertilisants…), le sol risque de « s’épuiser ».

Après analyse des diagnostics (sol et vigne) et des effets induits par les autres postes de l’itinéraire technique, le viticulteur peux choisir le fertilisant le mieux adapté aux besoins de ses parcelles.

Les produits de fertilisation

Les produits de fertilisation utilisables en AB doivent être fabriqués uniquement à partir des matières premières listées dans l’annexe I du règlement 889/2008 (pp 34-35). Pour les produits simples (= fabriqués à partir d’une seule matière première libellée dans le règlement), la seule mention de cette matière première sur la facture, l’étiquette et la fiche technique du produit est suffisante comme garantie de conformité à l’AB.

Pour les produits composés ou commerciaux, la facture et la fiche technique du produit doivent porter la mention « utilisable en agriculture biologique conformément au règlement CE/834/2007 » et la composition en « formule ouverte » doit être précisée sur l’étiquette ou la fiche technique.

Les produits issus de la chimie de synthèse sont interdits. Seuls les produits naturels, minéraux ou organiques, sont autorisés. Seul l’azote doit obligatoirement provenir de matière organique. Pour la « chaulage », la chaux (vive ou éteinte) est interdite. Seuls les produits carbonatés crus sont autorisés.

Les oligos-éléments sont autorisés, y compris sous forme chélatée.

A chaque produit son usage !

Il n’y a pas de « bons » et de « mauvais » produits, mais de bons ou de mauvais usages pour un produit donné.

Il existe deux grandes catégories de produis de fertilisation, qu’il convient de ne pas confondre :

  • amendements : matière fertilisante destinée à l’entretien ou à la reconstitution du stock de matière organique ou minéral du sol. Par définition, les amendements organiques doivent avoir un taux de matière sèche ³ à 30% de ma matière brute, et contenir moins de 3% sur matière brute en l’un des trois éléments majeurs (N, P2O5, K2O). Ils doivent répondre à la norme NFU 44-051. Les produits normés NFU 44-095 (contenant des matières d’intérêt agronomique issues de traitement des eaux = « boues de station d’épuration ») sont interdits en AB.
  • engrais organiques : matière fertilisante dont la fonction principale est d’apporter aux plantes des éléments directement utiles à leur nutrition et d’netretenir l’activité biologique du sol. Les engrais ont une valeur fertilisante élevée : au moins 3% par rapport à la MS pour au moins 1 des 3 éléments majeurs (N, P2O5, K2O) et une valeur d’amendement faible à nulle. Il est illusoire de vouloir redresser le taux de MO d’un sol en apportant un produit type engrais. Ils doivent répondre à la norme NFU 42-001.

Les fiches techniques de l’ITAB intitulées « choix des amendements organiques en viticulture » et « Utilisation du compost en viticulture biologique » donnent des indications sur les critères de choix de ces produits.

Vous retrouverez dans le document "Engrais et amendements utilisables en viticulture biologique en Languedoc-Roussillon" la plupart des produit de fertilisation disponible régionalement.

2) Protection Phytosanitaire

Lorsque la mise en œuvre des mesures visant à réduire la sensibilité de la vigne aux maladies et ravageurs (gestion optimale du sol, amélioration de la conduite des abords pour favoriser la biodiversité, mise en œuvre des mesures prophylactiques…..) n’est pas suffisante pour maîtriser les attaques de bioagresseurs, la réglementation de l’AB autorise l’usage de certains produits de protection des plantes (cf annexe II du règlement CE 889/2008).

Pour qu’un produit phytosanitaire puisse être utilisé en viticulture biologique, il faut que sa substance active (ex : sulfate de cuivre…) soit inscrite sur cette annexe et qu’une spécialité commerciale bénéficie d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) pour l’usage recherché (ex :bouille bordelaise homologuée contre le mildiou de la vigne). De nombreux viticulteurs biologiques associent à ces produits phytosanitaires des préparations qu’ils réalisent eux-mêmes(appelées « préparation à la ferme ») à partir de plantes (ex : fermentation d’ortie, décoction de prêle….).

La majorité des produits phytosanitaires utilisés en viticulture biologique doivent être positionnés à des stades bien précis du cycle biologique des maladies et des ravageurs. L’observation du comportement des vignes, la prise en compte des prévisions météorologiques, des préconisations contenues dans les bulletins phytosanitaires locaux, la réactivité du viticulteur sont fondamentales dans la réussite des programmes de protection de la vigne.

Lutte contre le mildiou

Le cuivre est la seule substance active autorisée au cahier des charges européens de l’AB et homologué en France pour lutter contre cette maladie.

Les préconisations actuelles en terme d’optimisation des apports cupriques sont repris dans la fiche technique « Gérer les apports de cuivre en viticulture biologique ».

Lutte conte l’oïdium

La protection des vignes biologiques contre cette maladie repose avant tout sur l’usage du soufre. Un autre produit est autorisé pour cet usage : le Stifenia (produit à base de graines de fénugrec). Ce produit peut être utilisé uniquement avant le stade floraison de la vigne. Son niveau d’efficacité et les difficultés que les viticulteurs rencontrent lors de son utilisation font que ce produit est très peut utilisé à l’heure actuelle.

Une enquête réalisée en 2008 par l’AIVB-LR précise les pratiques actuelles des vignerons biologiques de la région en terme de lutte contre l’oïdium.

Des essais mis en place à l’échelle régionale visent à tester l’efficacité de produits « alternatifs » : lactosérum, produit à base d’écorces d’orange, kaolinite calcinée. Les principaux résultats opérationnels obtenus lors de ces essais sont présentés dans la plaquette "La maîtrise de l'oïdium en viticulture biologique en Languedoc-Roussillon". Ce document présente également les dernières connaissances sur l'épidémiologie de l'oïdium de la vigne, l'ensemble des moyens disponibles en viticulture biologique pour maîtriser ce champignon, le témoignage d'une viticultrice régionale et une foire aux questions sur la gestion de cette maladie.

Lutte contre le botrytis

Plus que pour toute autre maladie, la lutte contre le développement de botrytis cinerea repose sur la mise en œuvre des mesures prophylactiques : maîtrise de la vigueur, système de taille limitant les entassements de grappes et de végétation, effeuillage précoce (nouaison)…. Ces moyens peuvent être complétés par l’utilisation de Bacillus subtilis (seul produit homologué pour cet usage en viti bio). Les poudrages en cours de floraison réduisent les risques de développement de botrytis par leur action sur la chute des capuchons floraux,

Lutte contre les vers de la grappe

Le principal vers de la grappe présent à l’échelle régionale est l’eudémis (Lobesia botrana). Ce ravageur est en recrudescence depuis quelques années. La cochylis ( ) est présente de manière plus anecdotique.

Dans la majorité des situations, des interventions insecticides spécifiques sont nécessaires pour réduire les dégâts à la récolte. Les moyens dont disposent les vignerons biologiques pour lutter contre les vers de la grappe sont :

  • la lutte par confusion sexuelle,
  • la pulvérisation de produits à base Bacillus thuringiensis ou de Spinosad.

Des travaux de recherche récents indiquent l’importance du paysage sur la pression de l’eudémis (celle-ci est d’autant plus présente dans des paysages de monoculture de vigne (travaux de l’ENITA de Bordeaux). Des recherches actuelles portent également sur l’identification d’auxilaires de ce ravageur.

Lutte contre la flavescence dorée

La lutte contre la propagation de cette maladie a longtemps été un problème majeur de la conduite de la vigne en Languedoc-Roussillon. La lutte contre cette maladie repose conjointement sur le repérage et l’arrachage des souches présentant des symptômes de jaunisses et sur la lutte contre la cicadelle vectrice de ce phytoplasme. Il est également vivement recommandé de planter desplants ayant été traités à l’eau chaude.

La lutte contre la cicadelle

Actuellement, deux substances actives sont autorisées en viti bio pour lutter contre cet insecte : la roténone et le pyrèthre naturel.

Longtemps seule molécule autorisée en bio pour cet usage, la roténone est actuellement peu utilisée par les viticulteurs biologiques : sa toxicité reconnue pour l’utilisateur, son niveau d’efficacité, son positionnement autorisé (uniquement avant le stade nouaison de la vigne) explique le déclin de son utilisation. Désormais, la lutte contre la cicadelle jaune repose avant tout en bio sur l’utilisation du pyrèthre naturel.

Le sous-groupe "Flavescence Dorée" de la commission viti-vinicole biologique IFV-ITAB vient de publier une plaquette sur la "Gestion de la Flavescence Dorée en viticulture biologique". Ce document a été co-rédigé par N. Constant (Sudvinbio) et J. Lernould (Chambre d'Agriculture de l'Hérault).